Sortir du noir

"C'est un temps où les "conseillers perfides" sont en pleine gloire lumineuse, tandis que les résistants de toutes sortes, actifs ou "passifs", se transforment en fuyantes lucioles, à se faire aussi discret que possible tout en continuant d'émettre leurs signaux. L'univers dantesque est bien inversé : c'est l'enfer qui désormais, est au grand jour, avec ses politiciens véreux, surexposés, glorieux. Les lucciole, quant à elles, tentent d'échapper comme elles peuvent à la menace, à la condamnation qui désormais frappe leur existence." G. Didi-Huberman, Survivances des lucioles, éditions de Minuit, 2009.

pour violoncelle et électronique

 

Commande Gmem - Festival "Les musiques"

 

2016

Création le 19 mai 2016, à Marseille. Violoncelle : Séverine Ballon. Cette pièce est intégrée au cycle Namenlosen, où il est question des divers modes d'éclairage et de représentation du "personnage" et du "figurant", notamment après les réflexions de Pasolini puis de Georgio Agamben et de Georges Didi-Huberman sur l'inversion du rapport entre les lumières, à partir de la seconde moitié du XXe siècle. Ce cycle est aussi une tentative, fragile, de réponse à Walter Benjamin dans ses thèses "Sur le concept d'histoire" exhortant son lecteur à raconter une certaine tradition des opprimés. Dans Sortir du noir (titre "volé" à Georges Didi-Huberman dans son livre du même nom dédié au film "le fils de Saul"), il s'agit d'entendre s'entrechoquer deux types "d'éclairages", associés cette fois à deux types de résistance. La résistance-combat des lumières fortes, des projecteurs, du "porter aux nues" et du "porter plainte". Et la résistance-luciole, celle des lumières fugitives et des survivances, celle du migrant se décidant à traverser la mer ou celle d'un juif des Sonderkommando résistant à l'inexistence du mort en créant de toutes pièces, "à contre-courant du monde et de sa cruauté, une situation dans laquelle un enfant existe, fût-il déjà mort. Pour que nous-mêmes sortions du noir de cette atroce histoire, de ce "trou noir" de l’histoire". « Et que les ''sans-noms'', les Namenlosen – ceux, en réalité, dont ne comptent pour la société ni le nom, ni la parole, ni les gestes, ni même le travail –, aient aussi leurs chroniqueurs, leurs historiens, leurs poètes, leurs portraitistes. Pour que soient rendus visibles, pour que soient exposés leur impouvoir même et leur puissance, malgré tout, à silencieusement transformer le monde » G. Didi-Huberman, Peuples exposés, peuples figurants. éditions de Minuit, 2012. Cette pièce est dédiée à Séverine Ballon, pour son engagement sincère et profond. Avec espoir et confiance.

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